Si j'étais migrant

Si j'étais migrant,

je fuirais la peur,
j'irais par la terre, j'irais par les sables,
j'irais par delà les montagnes, j'irais par la mer,
j'irais malgré les vents sur les chemins entrouverts,
j'irais la nuit noire avec des groupes perdus,
de bivouacs improvisés en camps bondés,
pour quelques heures de repos et attendre.
Attendre un papier, un appel, à manger, à boire,
Attendre et marcher.
Elle est loin la vie d'avant, celle d'avant la guerre.
Ce serait une guerre qui n'est pas la notre,
entre un tyran et de faux prophètes,
entre la terreur et l’effroi.
Rester, c'est mourir. Partir, espérer.
Alors je marcherais pour ma liberté,
je marcherais à la rencontre de passeurs,
dans l'espoir d'un bateau incertain,
et de frontières fissurées, de barbelés coupés,
de mains tendues, de paroles de réconforts.
je marcherais vers des plages ensoleillées
où les enfants allongés dessinent des anges
je marcherais vers la vie de ceux que j'aime
je jouerais avec mes amis la musique de nos nostalgies
je marcherais dans les pas de mes souvenirs pour oublier l'exil



Si j'étais migrant,

je pleurerais le soir en cachette,
mes souvenirs empaquetés dans mon chouette téléphone
qui file le passé et l'avenir.

Si j'étais migrant,

mes prières silencieuses ne seraient pas entendues,
je serais un fantôme à tête de bandit,
hanté par les anges noyés.

Si j'étais migrant,

mes rêves voyageraient au bout de vos cauchemars,
nous pourrions rire de nos terreurs,
et dompter l'hydre de nos différences.

Si j'étais migrant,

tu serais devenu un ami,
tu serais devenu ma famille,
et aux beaux jours nous irons chez moi.